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27/11/2014

ANNIE ERNAUX: LE VRAI LIEU EST L'ECRITURE

Ce livre d'entretiens avec Michelle Porte* est indispensable
à qui suit inconditionnellement l'œuvre d'Annie Ernaux.

Il éclaire son œuvre et sa vie qui sont intrinsèquement liées.

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Annie Ernaux chez elle, à Cergy, le seul lieu où elle peut écrire. 

 

photo: Le Monde

 

Ce livre-là est précieux et nous incite à relire tous les livres de cet écrivain majeur et à mieux en saisir la profondeur. C'est à partir de La place, le magnifique récit consacré à son père, qu'elle opta – serait-ce par souci de vérité – pour l'ethno-socio-biographie. Un choix qu'elle n'a jamais abandonné ni regretté et qui lui vaut la fidélité d'un vaste public.

Dans Annie Ernaux le lieu, nous apprenons d'abord l'importance de la maison, à Cergy. L'auteure y habite depuis 1977 et y a écrit tous ses livres à l'exception des deux premiers rédigés en Haute-Savoie.

«Je ne peux pas écrire en dehors de cette maison, jamais, ni dans une chambre d'hôtel, ni dans n'importe quelle autre résidence. C'est comme si seule cette maison, en m'entourant, permettait ma descente dans la mémoire, mon immersion dans l'écriture».

Face à Michelle Porte, l'écrivain revit son enfance et son adolescence à Yvetot, chez ses parents qui tenaient un café-épicerie. 

Le manque d'intimité parce qu'il fallait, pour accéder à sa chambre, passer par la porte du café ou de l'épicerie. La conscience d'appartenir à une classe sociale «inférieure» qui ne conduit pas nécessairement à l'agrégation et au prestige qui est celui d'Annie Ernaux.

Pour la petite fille se manifesta un amour précoce et infini de la lecture.  

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Très tôt, elle fut possédée par un infini désir de lire.
Mais elle rêvait aussi de voyages et de soleil...


photo: Le Monde


A une question de son interlocutrice, Annie Ernaux répond:

«Je ne saurais dire si mon enfance et mon adolescence ont été heureuses ou malheureuses, je ne crois pas que ces mots signifient grand-chose. Il me semble que j'étais tirée par l'avenir, que celui-ci était immensément ouvert».

 

Elle rêvait de voyages, de soleil. 

C'est le portrait de la mère que je retiens. Croyante et pratiquante, mais dure avec sa fille, «femme à scènes» avec ses proches, dont son père qui faillit la tuer, quand Annie avait douze ans...

Si la maman admira très tôt sa petite fille, cela n'empêcha pas sa maladresse. Evoquant  la sœur d'Annie décédée avant sa naissance: «Elle était plus gentille que celle-là...» (in L'autre fille).

 

Cette femme puritaine, qui surveillait les lectures de sa fille, brûla son journal intime, ne fut pas pour autant une mégère cruelle. 

Elle aura été pour Annie Ernaux «la grande initiatrice de la lecture, de la valeur de la lecture».

Et pour cela, et parce que la maladie d'Alzheimer changea la donne, métamorphosant la mère cruelle en petite fille attendrissante, Annie Ernaux pardonna le mal fait. Car ce grand écrivain, que le sort des humains exploités, dans notre société,  est aussi la bonté et la compassion. 

 

 

 

* Annie Ernaux le lieu, Editions Gallimard, 110 pages.

** Auteur d'un livre d'entretiens avec Marguerite Duras.

 

Relire Annie Ernaux

Écrire la vie, Gallimard, coll. «Quarto», 2011 ( réunit 11 œuvres de l'auteure, des extraits de son Journal intime, des photos et textes).

Les Années, Gallimard, 2008, Prix Marguerite-Duras 2008 et Prix François-Mauriac 2008.

Je ne suis pas sortie de ma nuit , Gallimard,  1997.
L'Autre fille,  Nil Editions, 2011 (existe aussi en version audio, texte lu par l'auteure).

La Place, Paris, Gallimard, 1983. Coll. Folio Poche, 113 p., Prix Renaudot.

 

 

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