ID de suivi UA-65326999-1

21/10/2013

POESIE POUR UN AUTOMNE: LOUIS ANTOINE CHEDID

HOMO SAPIENS SAPIENS *

 

Louis CHEDID.jpg

copyright photo: rb




«Animal affamé, aux sens limités.

Mais aussi

Dénicheur de pulpe juteuse

Cachée sous l'écorce du fruit,

Devin d'étincelles

Enfouies dans les cailloux,

Sourcier des flammes

Qui battent dans le coeur ?

Animal

Découvreur de tendresse

Sous le rugueux de ta peau

Ignorant l'infini,

Ton propre infini

Hors de l'espace, hors du temps.

 

Mais aussi

Conscient de ta finitude,

Dans l'espace et le temps.

Animal éhonté, imprudent, insolent,

Présent sans autorisation

Cherchant à résoudre l'énigme

De la présence de l'absence

De l'absence du présent».

 

 

Extrait de la revue ANTEMNAE (Rome, 2002), ce poème était précédé de ce préambule:
«Est et non». Dans un de ses trois rêves de la nuit du 10 au 11 novembre 1619, Descartes, alors âgé de 23 ans, entend, au milieu d'une pluie de météores répéter ces trois mots...»


Louis Antoine Chedid 


Ancien Directeur de recherche au CNRS et Professeur honoraire à l'Institut Pasteur, ce brillant scientifique – docteur en médecine et docteur ès sciences distingué à de multiples reprises en France et à l'étranger – est  aussi, et peut-être surtout, un esprit littéraire.
Il est l'auteur d'une autobiographie, 
Mémoires vagabondes (Editions Anne Carrière, 2004) et de nombreux poèmes. A
vec Andrée Chedid, il a signé Le coeur demeure (Stock, 1999) et Babel, fable ou métaphore (Editions Z, Lausanne, 2002).

 

 

 

02/10/2013

PHRASES LUES (10) LE BONHEUR EXISTE

Dans une récente interview accordée à une journaliste suisse,
mon confrère Alain Campiotti m'a bousculée par la brutalité
d'une phrase
:

«Je ne sais pas ce que c'est le bonheur»... 

Or, relisant  Fontaine blanche*, le livre dont il est le co-auteur, je l'ai saisi en plein délit de contradiction.

Il y a quelques années, le grand reporter était à Maaloula. «Sans l'avoir cherché», il arrive au monastère de Mar Takla. «Des nonnes, sur un toit blanc, nettoient de grands tapis multicolores. Il les regarde faire d'en haut, accoudé à un muret, séduit par leur grâce, sans qu'elles le voient…
De l'autre côté, le chemin monte à gauche jusqu'à une petite route qui longe le bord de la falaise à laquelle est accroché le village, jusqu'à Saint-Serge, l'autre couvent.


Un coeur gros comme une pomme


Pas un chat. Dans la minuscule chapelle sombre, il fait pour la première fois de sa vie ce qu'on semble lui demander, prend deux cierges et les plantes allumés dans le sable en pensant à elle (ndla: son épouse, restée en Suisse). Il  a l'intense sentiment de sa solitude, presque étourdi par ce geste mélancolique quand il voit sur le sol un coeur extraordinairement lumineux, gros comme une pomme, qui paraît, dans cette obscurité, purement impossible. C'est le soleil qui tombe par un trou dans le toit…»


Quelques mois plus tard, au Liban, Alain Campiotti prend la route en lacets et entourée de cèdres vers Bcharré, la patrie de Khalil Gibran.


Cèdres.jpg

Aux Cèdres, vue sur le Mont Sannine.

 

Photo: copyright: gf



L'expérience d'une magie

«Après un replat, le dernier tronçon est une longue transversale vers le sommet. Au col, il n'en croit pas ses yeux.

D'un côté, la montagne descend en vagues vers la mer, de l'autre, en contre-bas, la Bekaa fertile est immensément plate sous une brume transparente. Le vent est coupant sur l'arête rocailleuse, le soleil éblouissant.

Bouleversé par ce spectacle, il l'appelle (ndlda: son épouse) pour lui dire qu'elle devrait – qu'ils devraient faire ensemble l'expérience de cette magie. Il éprouve la même émotion qu'au couvent Saint-Serge de Maaloula…»

 

Tu vois, contrairement à ce que tu as dit, le bonheur existe, Alain. Il suffit d'ouvrir ses yeux et son coeur…

 

 

 

* Par Myriam Meuwly et Alain Campiotti, Editions de L'Aire, Vevey.