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24/04/2011

POEMES CHOISIS (4) : ARAGON

A l’instar de la nature et de la musique, la poésie peut nous être un viatique.

Au fil des jours, je vous proposerai des textes qui m’accompagnent
avec une fidélité indéfectible.

 

 

«Rien, en Poésie, ne s’achève.

Tout est en route, à jamais».

Andrée Chedid

«J’entends j’entends le monde est là

Il passe des gens sur la route

Plus que mon cœur je les écoute

Le monde est mal fait mon cœur las.

 

Faute de vaillance ou d’audace

Tout va son train rien n’a changé

On s’arrange avec le danger

L’âge vient sans que rien se passe

 

Au printemps de quoi rêvais-tu

On prend la main de qui l’on croise

Ah mettez les mots sur l’ardoise

Compte qui peut le temps perdu

 

Tous ces visages ces visages

J’en ai tant vu des malheureux

Et qu’est-ce que j’ai fait pour eux

Sinon gaspiller mon courage

 

Sinon chanter chanter chanter

Pour que l’ombre se fasse humaine

Comme un dimanche à la semaine

Et l’espoir à la vérité

 

J’en ai tant vu qui s’en allèrent

Ils ne demandaient que du feu

Ils se contentaient de si peu

Ils avaient si peu de colère

 

J’entends leurs pas j’entends leurs voix

Qui disent des choses banales

Comme on en lit sur le journal

Comme on en dit le soir chez soi

 

Ce qu’on fait de vous hommes femmes

Ô pierre tendre tôt usée

Et vos apparences brisées

Vous regarder m’arrache l’âme

 

Les choses vont comme elles vont

De temps en temps la terre tremble

Le malheur au malheur ressemble

Il est profond profond profond

 

Vous voudriez au ciel bleu croire

Je le connais ce sentiment

J’y crois aussi moi par moments

Comme l’alouette au miroir

 

J’y crois parfois je vous l’avoue

A n’en pas croire mes oreilles

Ah je suis bien votre pareil

Ah je suis bien pareil à vous

 

A vous comme les grains de sable

Comme le sang toujours versé

Comme les doigts toujours blessés

Ah je suis bien votre semblable

 

J’aurais tant voulu vous aider

Vous qui semblez autre moi-même

Mais les mots qu’au vent noir je sème

Qui sait si vous les entendez

 

Tout se perd et rien ne vous touche

Ni mes paroles ni mes mains

Et vous passez votre chemin

Sans savoir ce que dit ma bouche

 

Votre enfer est pourtant le mien

Nous vivons sous le même règne

Et lorsque vous saignez je saigne

Et je meurs dans vos mêmes liens

 

Quelle heure est-il quel temps fait-il

J’aurais tant aimé cependant

Gagner pour vous pour moi perdant

Avoir été peut-être utile

 

C’est un rêve modeste et fou

Il aurait mieux valu le taire

Vous me mettrez avec en terrre

Comme une étoile au fond d’un trou».

 

2.jpg

 

 

«Tous ces visages ces visages…»

(Enfants touaregs dans la région de Tazrouk).

 

Photo : gf


 

 

In Les Poètes, Gallimard.

 

 

 

 

 

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