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08/05/2011

POEMES CHOISIS (6) : NADIA TUENI

 

A l’instar de la nature et de la musique, la poésie peut nous être un viatique. 
Au fil des jours, je vous proposerai des textes qui m’accompagnent avec une fidélité indéfectible.


«Rien, en Poésie, ne s’achève.

Tout est en route, à jamais».

Andrée Chedid

En montagne libanaise*

 

Nadia.jpg

 


«Se souvenir – du bruit du clair de lune,

lorsque la nuit d’été se cogne à la montagne,

et que traîne le vent,

dans la bouche rocheuse des Monts Liban.

 

Se souvenir – d’un village escarpé,

posé comme une larme au bord d’une paupière ;

on y rencontre un grenadier,

et des fleurs plus sonores

qu’un clavier.

 

Se souvenir – de la vigne sous le figuier,

des chênes gercés que Septembre abreuve,

des fontaines et des muletiers,

du soleil dissous dans les eaux du fleuve.

 

Se souvenir – du basilic et du pommier,

du sirop de mûres et des amandiers.

 

Alors chaque fille était hirondelle,

ses yeux remuaient comme une nacelle,

sur un bâton de coudrier.

 

Se souvenir – de l’ermite et du chevrier,

des sentiers qui mènent au bout du nuage,

du chant de l’Islam, des châteaux croisés,

et des cloches folles du mois de Juillet

 

Se souvenir – de chacun, de tous,

du conteur, du mage, et du boulanger,

des mots de la fête, de ceux des orages,

de la mer qui brille comme une médaille,

dans le paysage.

 

Se souvenir – d'un souvenir d'enfant

d'un secret royaume qui avait notre âge;

nous ne savions pas lire les présages,

dans ces oiseaux morts au fond de leurs cages,

sur les Monts Liban».

 

 

* Liban, 20 poèmes pour un amour, Editions Dar An-Nahar.

 

 

 

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