27.01.2012
JOURNAL DU LIBAN (6) LES ENFANTS ECLAIRENT
Comme l’a si bien écrit JMG Le Clézio, Prix Nobel 2008, «les enfants éclairent, ils sont la lumière». Et j’ajouterai : même lorsqu’ils sont graves ou tristes, parce que leur passé ne fut pas toujours le temps de la joie et de l’insouciance. Quant à leur présent, il se conjugue encore trop souvent à la pauvreté, à la crainte de la guerre, à l’incertitude... Leur malheur, ils le doivent à l'incompétence et à l'ego démesuré de certains de leurs dirigeants actuels. N'est pas digne d'être politicien – c'est-à-dire responsable du destin de ses concitoyens – qui veut...
Sur mes chemins libanais, certains visages enfants m’ont touchée, plus que d’autres. C’était à Douma, à Beyrouth, à Maghdouché et ailleurs. Comment pourrais-je les oublier ?
En vérité, je ne veux pas les oublier.
Ces photos sont accompagnées de poèmes d'auteurs libanais et français qui aiment les enfants, et que j'aime.
«L’iris et le frais cristallin des enfants
Iris bleu iris violet iris marron iris vert
Iris noir, tout ce champ de fleurs naïves
Tourné en grand jardin vers le soleil visible…»
Salah STETIE
Louis-Justin, mi- Libanais, mi-Suisse, à Douma (Nord-Liban), le pays des oliviers.
Chez lui, le sourire est une seconde nature, ou plutôt, sa vraie nature.
«Je parle d'un pays parfumé à la cardamome
sucré de pluies
Mariné dans le soleil
D'un pays qui d'un mot
invente mile royaumes...»
Nohad SALAMEH

Ces enfants ont trouvé la plus belle place de jeux de Douma: un chêne gigantesque.
Ils sont partis aussitôt à la recherche d'un trésor.
Serait-ce une pierre à la forme bizarre, une feuille rougie par le temps
ou encore l'instant présent à savourer au centuple avec la caresse du vent ?
«Tous les enfants pour moi
sont couronnés d'écume».
Nadia TUENI

Le même jour, à Douma.
Pour avoir écrit des poèmes si vrais et déchirants, Nadia Tuéni devinait ce qui se cache derrière un sourire, des yeux graves:
tous les secrets d'une Vie que les grandes personnes ne savent pas toujours déceler.
«Envolée»en 1983, Nadia avait ce don. Ses trois enfants (Nayla, Makram, Gibran) l'ont aujourd'hui retrouvée.
«L'enfant s'en va le nez au vent
le vent le voit
le vent le flaire
l'enfant devient
un vol-au-vent
l'enfant devient un fils de l'air».
Claude ROY

Jeune garçon syrien, habitué des rues, vers la Place Sassine, à Beyrouth.
«Vos enfants ne sont pas vos enfants.
Ils sont les fils et les filles de l'appel de la Vie à elle-même,
Ils viennent à travers vous mais non de vous.
Et bien qu'ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.
Vous pouvez leur donner votre amour mais non point vos pensées,
Car ils ont leurs propres pensées…»
Khalil GIBRAN

Au Salon du livre de Beyrouth, les enfants n'étaient pas les moins attentifs
à l'évocation de certaines légendes.
Etait-ce l'histoire du berger et de son mouton fugueur ou celle d'une fée amie des écureuils ?
«On est partout où sont les lumières:
dans les maisons,
dans les mains des enfants…
On est proche de tout
et de tous…»
Christian BOBIN

Le bonheur infini de se balancer, ensemble, au jardin d'enfants de l'école Le Petit Prince,
à Maghdoucheh (petit village au-dessus de Saïda,
dans le sud du pays).
«Ma lande mon enfant ma bruyère
Ma réelle mon flocon mon genêt...»
Andrée CHEDID

Petite fille de Megdouché, abandonnée par sa mère, on ne saura jamais pourquoi,
mais couverte d'affection par sa tante.
Ce qui ne l'empêche pas de me demander, en me prenant par la main:
«Je peux partir avec toi ?»
«La vérité est une science enfantine».
Georges SCHEHADE

Au Musée de Beyrouth, la perfection et la réflexion sous la forme d'un bébé en marbre.
(sanctuaire d'Echmoun Vme siècle av. J-C)
Copyright photos: Gilberte Favre
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