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22/05/2016

EDGAR MORIN ET LA CRISE DE L'HUMANITE

«Comment peut-on vivre sans lire?»
se demande Lambert Schlechter
dans Eloge du coup de hache*.
Quelques lignes plus loin, le philosophe luxembourgeois
se répond à lui-même: «Vivre sans lire ? Inimaginable»
J’y pensais en découvrant l'un des tout récents
Carnets de L’Herne 
signé Edgar Morin:
Pour une crisologie**.

 

Edité une première fois en 1976, ce  livre est accompagné d’un entretien avec François L’Yvonnet réalisé en janvier 2016.
Bientôt 94 ans, le sociologue français nous stupéfiera toujours par son esprit visionnaire et la pertinence de son propos. 

«La pensée et la conscience, écrit-il, sont en régression par rapport aux nécessités du monde actuel. Ce qui n’exclut pas la possibilité d’un changement de voie inattendu…Il y a donc une profonde crise de l’humanité qui ne se rend pas compte qu’elle est crise de l’humanité. Alors que certains n’ont pas hésité à parler de mondialisation heureuse…»

En ces temps de déraison et de déshumanisation, Edgar Morin aura encore bien des choses à nous dire. Son petit et grand livre répond avec acuité aux questions d’aujourd’hui. Or, ces précieux Carnets (à moins de 8€…) qui pourraient nous être des viatiques sont plutôt rarissimes dans les librairies de Suisse romande...

Histoire d'une maison d'édition «à contrepied»

Tout le monde connaît la prestigieuse maison d’édition de L’Herne fondée à Paris en 1957 par Dominique de Roux et Georges Bez. 
Sous le label des Cahiers paraissent d’abord des monographies de Bernanos puis de Céline, Borges, Ezra Pound, Michaux, Ungaretti et Matignon. Dès 1972,
le cinéaste macédo-roumain Constantin Tacou, élève de Georges Dumézil, 
assume seul la responsabilité de la maison d’édition. 
D’autres noms, emblématiques de la personnalité de Tacou, apparaissent au catalogue: Robert Musil, Jung, Mircea Eliade, Levinas, Strindberg, Jules Verne et Edgar Alan Poe. En 2000, le Cahier August Strindberg sera le dernier que l’éditeur lira et touchera de ses mains. Son Cahier Cioran auquel il travaillait depuis des années est publié en 2009.

De Constantin à Laurence Tacou

A la disparition de son père, la journaliste Laurence Tacou reprend le flambeau. Elle baigne depuis toujours dans la littérature. Journaliste aux horizons multiples (études de droit, de sciences politiques, tibétologie), elle demeure fidèle au credo de son père: éditer des ouvrages qui prennent «le contrepied des courants en vogue». Le tout, du graphisme au choix du papier, avec une qualité et une originalité qui font de L’Herne une référence éditoriale.

Mère de quatre enfants, Laurence Tacou ne se contente pas de marcher
sur les traces de son père. Elle y ajoute sa «patte. La philosophie la passionne.
Elle publie Claude Lévi-Strauss, Paul Ricœur et Georges Steiner, Derrida, Cioran et Noam Chomsky. L'amoureuse de littérature consacre des Cahiers à Romain Gary, Duras, Patrick Modiano, Michel Déon et Yves Bonnefoy. Car elle aime aussi la poésie...

Pour l’éditrice, il n’est pas question d’opposer les genres littéraires.
Essais philosophiques, pamphlets, romans et poésie cohabitent harmonieusement sous le toit de L'Herne. L'écrivain Claude Roy, qui habitait non loin de la Librairie de L'Herne et auteur d’une œuvre multiforme, ne disait-il pas: «J'écris sur tout parce que tout se touche dans la vie…» Laurence Tacou assurément partage cette curiosité
En 2005, elle inaugure les Carnets de L’Herne qui publie en format de poche
des textes méconnus ou inédits. De Walter Benjamin à Breton, de Desnos à Edgar Morin, en passant par  Thoreau, la collection compte déjà près d’une centaine de volumes…

 

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Les Carnets: des bijoux de livres
qui pourraient nous être viatiques.

photo: L'Herne

 

Sept ans plus tard, et parce qu’elle est sensible au combat des dissidents, Laurence Tacou crée  la collection Cave Canem, une tribune destinée aux contestataires de tous pays. Parmi eux, Gary Kasparov dont le Poutine échec et mat! est rapidement épuisé, Justice pour la Palestine, préfacé par Stéphane Hessel et De la fumisterie intellectuelle de Bertrand Russel. 
D’autres collections figurent au catalogue de L’Herne: Les Cahiers d’anthropologie sociale (lancés sous le haut patronage de Claude Lévi-Strauss), Romans (de Walter Benjamin à Virginia Woolf), Essais (sur des thèmes de société traités notamment par Cioran, Jean-Paul Charnay, Noam Chomsky) et Courants d’art (un ouvrage sur Yan Pei-Ming).

Au chapitre des nouveautés de ce printemps, deux Cahiers: Heidegger et Edgar Morin et Lettres à une amie vénitienne de Rilke. Sans oublier les Carnets signés Balzac (L’art de ne pas être dupe des fripons), Simone Weil (conversation avec Trotsky) et René Girard (Anorexie et désir mimétique).
Autant de livres, et beaucoup d’autres, qui répondent aux questions d’aujourd’hui et feront notre bonheur. Vraiment, comment pourrait-on vivre sans lire ?

Au moment de clore ce texte, une question effleure mon esprit: mais d’où vient le mot Herne ?
Marcel Aymé ne le trouva dans aucun dictionnaire.
Jean Paulhan se lamenta: «Ah, je vous prie, dites-moi un jour ce qu’est une Herne». Et Georges Steiner déclara: «L’Herne reste pour moi le couronnement si inattendu»...
Comme on le comprend!

 

 

* In Lire c’est vivre plus, sous la direction de Claude Chambard (L’Escampette éditions & Région Poitou-Charentes). 

** Carnets de L’Herne, 65 pages, 2016.

 

www.editionsdelherne.com    La Librairie de L'Herne se trouve à la rue Mazarine 22
(pour y découvrir le catalogue; commander; s’abonner). 

Tous les ouvrages de L’Herne sont disponibles en version numérique.

 

19:40 Publié dans Culture, Lettres, Monde | Lien permanent | Commentaires (0) |

08/05/2016

POEMES CHOISIS (54) ROSE AUSLÄNDER

Comme l'air que nous respirons, 
la Poésie nous sera toujours vitale.
Au fil des jours et des saisons, 
voici des textes qui nous semblent répondre
aux interrogations du vingt-et-unième siècle 
et  à notre humaine condition.

 

  

«Rien, en poésie, ne s'achève.

Tout est en route, à jamais». 

 

Andrée Chedid

 

PERSONNE

Rose_Ausländer_(1914).jpg

La poétesse Rose Ausländer en 1914.
C'était dans  la Pologne natale,
avant les Etats-Unis et le retour en Europe...

 

 

Je suis le Roi Personne

portant son Pays de Personne

dans sa poche

 

Muni d’un passeport d’étranger

je vogue de mer en mer

 

 

Toi l’Eau tes yeux bleus

tes yeux noirs 

incolores

 

Mon pseudonyme 

Personne

est légitime

 

Personne ne soupçonne 

que je suis un roi

portant dans ma poche

mon pays sans patrie.

 

 

* ISans visa  Tout peut servir et autres proses, traduction Eva Antonnikov, Editions Héros-Limite, 108 p.

www.heros-limite.com