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20/03/2017

J-L. KUFFER: AU PAYS DE LA FEE VALSE

 La Fée Valse ne serait peut-être pas née sans elle. 
L. est la «bonne amie» (l'épouse) à qui Jean-Louis Kuffer
dédie son dernier livre.
Que cela soit sous la forme d’un poème en prose
ou d’une note philosophique,
ce livre virevolte sur le continent Amour. 
Corinna Bille l’aurait aimé pour son univers parfois baroque.

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Jean-Louis Kuffer, auteur d'une vingtaine de livres.

 

Photo: Babelio

 

 

En bon épicurien, le romancier et chroniqueur littéraire nous conte quelques-uns de ses fantasmes sur le mode poétique. Rabelais, «le premier saint poète de la langue française», n’est pas loin…

 

Du ciel...
Mais avant tout, de son Paradis au-dessus de Montreux, Kuffer est particulièrement bien placé pour observer le ciel (qu’il sait aussi photographier) dans toutes ses formes et nuances. Les soubresauts de la planète ne le laissent pas indifférent pour autant. «Non, je ne vois aucune beauté dans la guerre, nulle ruine ne sera chantée…» écrit-il ayant discerné dans un ciel pur «des faucons assassins». Mais où donc ? Les lieux potentiels, en 2017, ne manquent pas.

Ailleurs, c’est «le ciel des jardins de Cracovie» qui apparaît et nous voilà cette fois dans le registre de la tendresse à l'état pur.  «Tu me montrais le vol des oiseaux migrateurs, nous avons marché sans parler en nous souriant sans nous regarder.»
Rêves et souvenirs se chevauchent tout naturellement avec leur lot de coquineries et d'interrogations.

 

...au frère mystérieux

Ce livre est à la fois léger et profond. Nous interpelle ce frère «mystérieux» que l’auteur associe à un «paysage immense qu’on dirait à l’instant de monts de Chine encrés à rehauts de bleu sombre…»
Serait-il «ce personnage à manteau noir» qu’il voit s’en aller «là-bas, sur la rive du lac» et qui lui fait signe même s'il repose au jardin du souvenir ?

Nous émeut aussi le texte final intitulé «Notre secret» dédié à L. dont les yeux l'éclairent.
Il voulait son livre «joyeux et grave, allègre et pensif, tendre et mélancolique, sérieux et ludique». Jean-Louis Kuffer a réussi son pari. A ces adjectifs, j’en ajoute un autre: «pudique».

Le Suisse a écrit La Fée Valse d’une plume élégante, conciliant humour et humanité, deux mots qui vont bien ensemble.

 

 

 

 

 

 

 

 

* La Fée Valse, Editions de l’Aire, 155 pages, de la collection Métaphores dirigée par Xochitl Borel et Arthur Billerey; illustration de Stéphane Zaech.

 

Voir aussi le blog de l'écrivain: http://carnetsdejlk.hautetfort.com

 

 

 

 

 

08/03/2017

HOMMAGE A BUTOR: LA VOIX DE F.-YVES JEANNET

«ON SE VOUE A LA LITTERATURE
POUR CHANGER LA VIE*»

Michel Butor

 

Le 6 mars, alors que la semaine-hommage à Michel Butor venait de débuter, sous la houlette de David Collin, sur Espace 2, il se trouve que j'étais (re)plongée dans De la distance – sous-titré Déambulation –, un livre d’échanges entre Michel Butor et Frédéric-Yves Jeannet qui ne m’avait pas laissée indemne lors de sa première lecture.
Frédéric-Yves Jeannet avait seize ans quand il entama ce dialogue avec le géant de la littérature qu’est Michel Butor. De Genève au Mexique, de la France à New York, leur échange épistolaire (101 lettres!) dura onze ans. L'amitié de ces deux écrivains se prolongea jusqu’au décès de celui qui était devenu «le père» de Jeannet, Frédéric-Yves ayant perdu le sien à l’âge de neuf ans.

Il m’a suffi l’autre jour de réouvrir De la distance pour retrouver les passages annotés et qui me bouleversent toujours. Les voici:

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Michel Butor et Frédéric-Yves Jeannet en 1992...

 

«Michel Butor, je ne pourrais pas parler de lui si ce n’était par amour, par cet amour qui m’attache à l’œuvre dans son entier. Parce que sans cet amour je ne serais rien, sans amour on n’est personne, et que sans un tel amour pour ce qui est écrit il n’y a pas de lecture possible. Les critiques qui s’acharnent sur certains livres avec l’idée de les détruire sont en mal d’amour. Ils passent à côté, ils perdent leur temps. Car les livres sont, de toute éternité. Rien ne les atteindra. Rien non plus ne pourra les détruire…

… Il y a dans une lecture obstinée quelque chose comme l’amour. Dans l’obstination à écrire, aussi.

Il y a une force motrice qui est sans doute un amour infini pour le lecteur. Depuis quarante ans (ndla:1975), Michel Butor s’adresse à ce lecteur inconnu, en multipliant les approches, les séductions, pour le convier à entrer dans le texte. Ces travaux d’approche, pour reprendre le titre de l’un de ses livres, paru en 1972, se poursuivent en effet depuis 1945, l’année où son premier poème a été publié par la revue Vrille. Il avait dix-neuf ans. Il n’a jamais cessé d’écrire…(1975). 

… Depuis le commencement de cette histoire, ces livres que je relis sans cesse configurent à toutes sortes d’égards la carte de géographie de mon inconscient transfuge.
J’ai tenté, désespérément et avec espoir, de me constituer une famille, pour lutter contre l’éclatement de la quille, pour éviter «que j’aille à la mer». J’ai remplacé en moi l’absence de mon père par la présence entrouverte de Michel Butor sur son continent d’écriture et de survie»
(Gaillard, 1er septembre 1986).

 

Butor Jeannet.jpg

... et vingt ans plus tard.
Ou l'amitié indestructrice entre deux grands écrivains-voyageurs.

 

Ne manquez pas, vendredi 10 mars entre 11 heures et midi, le dialogue de Frédéric-Yves Jeannet avec David Collin sur Espace 2!

Le programme de cette semaine-hommage à Butor est visible sur: www.rts.ch/play/radio/versus-lire/audio/versus-lire-hommage-a-michel-butor-1926-2016-15?id=8401321

 

 

* In De la distance, Le Castor Astral, 2000 (préface de Jean Roudault); première édition; Ubacs, 1990. Le passage cité, qui date de 1975, est extrait d’une lettre de Jeannet à Butor.